Analyse

Pourquoi faut-il réindustrialiser autrement ?

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L'emploi industriel français a fortement reculé depuis les années 1980 ; l'ampleur exacte dépend de la définition et de la période retenues. La réponse ne peut donc pas se résumer à « ramener les usines ». Réindustrialiser à l'identique, en supposant une énergie bon marché et des chaînes de valeur inchangées, ignorerait les transformations intervenues. Réindustrialiser autrement désigne ici une stratégie sélective, technologique et durable.

Le décrochage industriel français : chiffres et causes

Fait documenté : l'indicateur de la Banque mondiale consacré à la valeur ajoutée manufacturière en pourcentage du PIB montre un recul de long terme en France et un niveau supérieur en Allemagne. Cet indicateur ne se confond pas avec l'ensemble de l'industrie et ne démontre pas, à lui seul, les causes de l'écart. Analyse : fiscalité, spécialisation, investissement, énergie, taille des entreprises et choix de localisation doivent être examinés ensemble plutôt que ramenés à une explication unique.

Pourquoi « autrement » ?

Réindustrialiser « autrement » signifie d'abord accepter que les avantages compétitifs de demain ne seront pas les mêmes qu'hier. La compétition par les coûts de main-d'œuvre est perdue depuis longtemps face à l'Asie du Sud-Est. La compétition par l'énergie sera durablement contrainte tant que la France n'aura pas résolu son équation électrique. En revanche, trois leviers sont réels et sous-exploités : la montée en gamme technologique, la proximité de marché (logistique, réactivité, personnalisation) et la durabilité comme critère de différenciation commerciale. Une usine française de 2030 doit être automatisée, décarbonée et connectée à ses clients finaux d'une manière que ne permet pas une production à 10 000 kilomètres.

Les dépendances révélées par les crises récentes

La pandémie de 2020 a exposé la fragilité des chaînes d'approvisionnement en masques, médicaments et semi-conducteurs. La guerre en Ukraine a mis en lumière notre dépendance énergétique. Chacune de ces crises a révélé la même vérité : quand une dépendance n'est pas problématique, elle est invisible. Quand elle le devient, il est trop tard pour agir vite. La réindustrialisation est donc aussi un projet de résilience nationale, pas seulement économique mais stratégique.

Ce que « réindustrialiser autrement » implique concrètement

Cela implique d'abord une sélectivité assumée. On ne peut pas tout rapatrier et on ne devrait pas tout vouloir rapatrier. Il faut identifier les filières stratégiques (celles dont la rupture d'approvisionnement aurait des conséquences systémiques) et y concentrer les efforts publics. Cela implique ensuite une vision de l'emploi industriel radicalement différente : non plus des opérateurs peu qualifiés sur des chaînes répétitives, mais des techniciens capables de gérer des équipements automatisés et d'interpréter des données de production. La formation professionnelle n'est pas un accessoire de la réindustrialisation : elle en est la condition.

Le rôle de la commande publique et de la régulation

Proposition : la commande publique peut donner de la visibilité à des filières lorsqu'elle applique, dans le respect du droit, des critères de coût sur le cycle de vie, de résilience et de durabilité. Les règles d'origine et les instruments commerciaux européens peuvent également réduire certains écarts de concurrence. La référence à un « Industrial Accelerator Act » de mars 2026 a été retirée faute de document officiel vérifiable.

Une génération pour reconstruire

Analyse : reconstruire des compétences, des fournisseurs et des capacités énergétiques peut s'inscrire sur plusieurs décennies. Cette durée n'est pas une loi historique ni la preuve qu'un modèle national serait directement transposable à la France. Proposition : stabiliser les formations, les normes, les incitations et les alliances industrielles au-delà d'un cycle électoral, tout en évaluant régulièrement leurs résultats.

Dans Réindustrialiser autrement ou mourir

Dans Réindustrialiser autrement ou mourir, l'introduction et la première section développent le diagnostic du décrochage industriel français (chiffre de 9,9 % de PIB industriel en 2024) et les conditions d'une reconquête crédible fondée sur la montée en gamme, l'automatisation et la durabilité.

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Nicolas Dujardin
directeur des opérations (COO), groupe Océinde · Head of Public Affairs
Auteur de Réindustrialiser autrement ou mourir (Éditions de l’Aube, 5 juin 2026, préface de Arnaud Montebourg).